Découverte · document 1

L'air qu'on respire, et ceux qui le surveillent

Une entrée en matière, sans prérequis : ce que la pollution fait au vivant, qui produit les données, comment on note un modèle de prévision, ce que fait réellement une association de surveillance — et pourquoi la prochaine réglementation européenne va demander de prévoir la qualité de l'air là où il n'y a aucune station.

Pour lecteur non spécialiste Durée ~20 min Chiffres tous mesurés, tous traçables Sources en fin de document

01 Introduction

Deux airs, la même personne

La pollution de l'air ne se ressent presque jamais. Elle ne pique pas les yeux, elle ne sent rien, elle n'interrompt aucune journée. C'est exactement ce qui la rend difficile à traiter : elle ne s'éprouve pas, elle se compte — sur des décennies, et à l'échelle d'une population.

Un adulte inspire de l'ordre de 15 000 litres d'air par jour, sans arbitrage possible : on choisit son eau, sa nourriture, son logement, jamais l'air de la rue où l'on marche. Cette dose quotidienne est la même pour tout le monde ; ce qui change d'un endroit à l'autre, c'est ce qu'elle contient.

Imaginons deux personnes identiques, sur trente ans. La première respire un air conforme aux lignes directrices sanitaires de l'Organisation mondiale de la santé. La seconde respire l'air tel qu'il est mesuré aujourd'hui, en moyenne, par les stations françaises. Aucune des deux ne remarquera quoi que ce soit. À l'échelle d'un pays, l'écart entre ces deux airs se lit pourtant sans ambiguïté dans les statistiques de mortalité.

40 000

décès attribuables chaque année en France aux particules fines PM2,5, chez les 30 ans et plus.

Santé publique France · période 2016-2019

8 mois

d'espérance de vie perdus en moyenne, à 30 ans, du fait de l'exposition aux PM2,5.

Santé publique France · période 2016-2019

7 %

de la mortalité française attribuée aux PM2,5 sur 2016-2019 — contre 9 % sur 2007-2008.

La situation s'améliore, et cela se mesure

Air A · la référence sanitaire

L'air que l'OMS considère comme sûr

Lignes directrices 2021, en moyenne annuelle.

  • PM2,5 5 µg/m³
  • PM10 15 µg/m³
  • NO₂ 10 µg/m³
  • O₃ sur 8 h 100 µg/m³

L'OMS estime que le respect de ces niveaux éviterait environ 80 % des décès attribuables aux PM2,5.

Air B · ce qui est mesuré

L'air des stations françaises

Médiane des moyennes annuelles 2025, et son rapport à la ligne OMS.

  • PM2,5 8,97 µg/m³ · 1,79×
  • PM10 14,82 µg/m³ · 0,99×
  • NO₂ 11,76 µg/m³ · 1,18×
  • O₃ évalué en pointe, pas en moyenne —

Sur les PM2,5, 97,9 % des stations sont au-dessus de la ligne OMS. C'est cet écart-là, et pas un pic spectaculaire, qui produit les chiffres ci-dessus.

Voilà la métaphore, et elle est décevante par construction : les deux colonnes se ressemblent. Aucun des écarts n'est spectaculaire, aucun ne se remarquerait en marchant dans la rue. C'est précisément le problème — l'effet vient de la permanence, pas de l'intensité. Une différence de trois microgrammes, respirée quinze mille litres par jour pendant des décennies, ne ressemble à rien et pèse le poids qu'on vient de lire.

Ce que « décès attribuable » veut dire

Ces 40 000 décès ne sont pas des personnes identifiées dont un certificat porterait « pollution de l'air ». Ce sont des décès en excès : la mortalité observée comparée à celle qu'on attendrait si l'air respecté les niveaux de référence, calculée par des fonctions dose-réponse issues d'études épidémiologiques. C'est une estimation de population, robuste dans son ordre de grandeur, jamais un compte individuel. Le distinguer n'affaiblit pas le chiffre : cela évite de le faire dire ce qu'il ne dit pas.

Les quatre polluants dont il sera question

La réglementation en surveille une douzaine. Quatre suffisent à décrire l'essentiel de l'enjeu sanitaire quotidien — et ce sont ceux que ce dossier mesure.

PM2,5 Particules fines · < 2,5 µm

D'où : combustion — chauffage au bois, moteurs, industrie, agriculture. Une partie se forme dans l'air à partir d'autres gaz.

Effet : assez petites pour atteindre les alvéoles et passer dans le sang. Le polluant au plus lourd bilan : maladies cardiovasculaires, respiratoires, cancers.

PM10 Particules · < 10 µm

D'où : les mêmes sources, plus les remises en suspension — chantiers, agriculture, usure des routes, poussières sahariennes.

Effet : arrêtées plus haut dans les voies respiratoires. C'est le polluant qui déclenche le plus souvent les procédures préfectorales en France.

NO₂ Dioxyde d'azote

D'où : combustion à haute température — trafic routier au premier chef. Très localisé : la concentration chute en quelques centaines de mètres.

Effet : irritant respiratoire, aggravation de l'asthme, en particulier chez l'enfant. Bon traceur de l'exposition au trafic.

O₃ Ozone troposphérique

D'où : n'est pas émis. Il se fabrique dans l'air, sous l'effet du soleil, à partir des oxydes d'azote et de composés organiques.

Effet : inflammation respiratoire, baisse de la fonction pulmonaire. Polluant d'été, régional : il culmine loin des villes qui l'ont produit.

Où en sont réellement les stations françaises

Voici l'écart, mesuré. Chaque barre part de zéro et se lit en multiples de la ligne directrice sanitaire de l'OMS : à 1,0, l'air est au niveau que l'organisation considère comme sûr. Les losanges marquent les deux valeurs limites du droit — celle en vigueur, et celle qui s'appliquera au 1er janvier 2030.

La ligne sanitaire, la loi d'aujourd'hui, la loi de 2030

Moyennes annuelles 2025 des stations françaises retenues (taux de saisie ≥ 75 %), rapportées à la ligne directrice OMS 2021 du polluant. La barre couvre la moitié centrale des stations ; le trait vertical est la médiane.

moitié centrale des stations valeur limite 2030 valeur limite en vigueur
0 1× OMS 2× 3× 4× 5× LIGNE DIRECTRICE OMS 2021 PM2,5 médiane 8,97 µg/m³ 243 stations limite 2030 limite en vigueur NO₂ médiane 11,76 µg/m³ 341 stations PM10 médiane 14,82 µg/m³ 322 stations
Lecture · PM2,5 : 238 stations sur 243, soit 97,9 %, sont au-dessus de la ligne OMS. La valeur limite qui s'applique aujourd'hui vaut cinq fois cette ligne ; celle de 2030 la vaudra encore deux fois. NO₂ : 214 stations sur 341 (62,8 %) au-dessus. PM10 : 154 sur 322 (47,8 %). L'ozone est absent — il n'a pas de moyenne annuelle réglementaire. Source : reports/exposition_oms.csv, dérivé de seuils_2030.csv.

L'écart le plus important de ce graphique n'est pas entre les stations et la loi. Il est entre la loi et la santé — et il reste ouvert après 2030.

À l'échelle européenne, l'Agence européenne pour l'environnement chiffre le même phénomène pour 2023 : 182 000 décès attribuables aux PM2,5 au-dessus de la ligne OMS dans l'UE à 27, 63 000 à l'ozone et 34 000 au NO₂ — soit près de 2,9 millions d'années de vie perdues au total. Et une trajectoire qui va dans le bon sens : les décès attribuables aux PM2,5 ont baissé de 57 % entre 2005 et 2023.

C'est le cadre. La suite de ce document porte sur un maillon précis de la réponse publique : savoir, la veille, ce que sera l'air demain — pour prévenir, restreindre, protéger.

02 Préliminaires

Qui produit les données

Prévoir la qualité de l'air ne repose pas sur une source unique. Quatre familles cohabitent : les chaînes nationales françaises, l'ensemble européen Copernicus, un modèle américain totalement indépendant des précédents, et un écosystème d'open data français qui fournit la vérité terrain. Aucune n'est suffisante seule.

Modèles français chaîne nationale · assimilée
PREV'AIR INERIS · Météo-France · CNRS

La plateforme nationale de prévision. Elle fait tourner deux modèles de chimie-transport — CHIMERE et MOCAGE — et publie quatre produits : prévisions, prévisions corrigées, analyses et évaluations.

Maille
≈ 1,7 km
Échéances
J−1 → J+5
Atouts
inventaire d'émissions national, assimilation de mesures

Limite pratique La diffusion publique n'expose qu'une fenêtre glissante d'environ six jours : le passé n'est pas récupérable si on ne l'archive pas au jour le jour.

Les 18 AASQA agréées par l'État

Une association par région, dont Atmo Occitanie. Elles exploitent le réseau de mesure, font tourner leurs propres modèles régionaux — plus fins que le national — et produisent la prévision effectivement diffusée au public et aux préfets.

Statut
art. L.221-3 du code de l'environnement
Réseau
476 stations actives en métropole
Occitanie
38 stations, dont 23 de fond

Limite pratique Les configurations exactes — modèle, version, résolution, stations assimilées — ne sont pas toutes publiques : impossible de rejouer leur chaîne à l'identique depuis l'extérieur.

Modèles européens Copernicus · ensemble
CAMS Europe Copernicus · ECMWF

Le service européen de surveillance de l'atmosphère. Sa prévision régionale n'est pas un modèle mais la médiane d'un ensemble de neuf à onze modèles — dont CHIMERE et MOCAGE. Libre d'accès, couverture continentale, archive profonde.

Maille
0,1° ≈ 8 × 11 km
Échéances
J0 → J+3
Atouts
archive complète, ensemble, gratuité

Limite pratique Maille trop grossière pour un gradient urbain, pas d'assimilation dans le produit prévision, et un inventaire d'émissions européen moins fin que les inventaires nationaux.

Le post-traitement officiel CAMS · optimised at observation sites

Copernicus distribue aussi une version déjà corrigée de sa prévision, recalée sur les observations aux stations. C'est le point de comparaison naturel de toute correction statistique : quelqu'un le fait déjà, officiellement, et il faut se mesurer à lui.

Nature
correction apprise, réentraînée en continu
Grain
horaire
Publication
Bertrand et al., ACP 23, 2023

Limite pratique Corrige l'heure, pas la grandeur sur laquelle porte le seuil réglementaire — un maximum journalier n'est pas la somme de vingt-quatre corrections horaires.

Modèle États-Unis indépendant · le regard extérieur
GEOS-CF NASA · Global Modeling and Assimilation Office

Un modèle global de chimie-transport américain, en accès libre. Son intérêt n'est pas d'être meilleur — il est nettement moins bon sur la France — mais d'être indépendant : autre inventaire d'émissions, autre assimilation, autres erreurs. Là où il se trompe, CAMS ne se trompe pas forcément.

Maille
0,25°
Échéances
jusqu'à J+5, sortie 12 UTC
Atout
décorrélation des erreurs

Limite pratique Le fournisseur a changé de flux en cours de route : deux versions successives qui ne sont pas le même prédicteur, à mesurer séparément sous peine de mélanger des choux et des carottes.

Open data français la vérité terrain, et le décor
LCSQA / Geod'Air le flux national de mesures

Le laboratoire central de surveillance de la qualité de l'air centralise et valide les mesures des dix-huit AASQA, et les transmet à l'Europe. Flux national ouvert, sans authentification, avec une profondeur historique remontant à 2001.

Temps réel
1 à 2 h de latence, données provisoires
Validées
publiées au 30 septembre de l'année N+1
Rôle
c'est la vérité contre laquelle tout se mesure

Limite pratique Une mesure porte un code de validité qu'il faut savoir lire : filtrer trop large jette des données valides, filtrer trop étroit garde des artefacts d'instrument.

Portails ouverts data.gouv.fr · Atmo Occitanie · IGN

Atmo Occitanie publie vingt-sept jeux de données ouverts, dont l'historique des épisodes réellement déclenchés et l'inventaire régional d'émissions. À quoi s'ajoutent le relief, l'occupation des sols, les feux de végétation détectés par satellite et les colonnes de NO₂ vues depuis l'espace.

Relief
Copernicus GLO-30, lecture partielle
Feux
GFAS · flux d'émissions
Satellite
TROPOMI · 3,9 km

Limite pratique Les épisodes déclenchés sont diffusés le matin du jour qu'ils concernent : c'est une cible d'évaluation, jamais une entrée de prévision.

Ce que cette carte des sources implique

Toutes ces sources décrivent le même air, et elles ne sont pas indépendantes : CHIMERE et MOCAGE sont à la fois les modèles de PREV'AIR et deux membres de l'ensemble européen. Comparer « la France » à « l'Europe » revient donc souvent à comparer un modèle à un ensemble qui le contient. Une seule source du tableau est réellement extérieure au reste : GEOS-CF. Le chapitre 5 montrera que c'est aussi la seule qui apporte de l'information sur les quatre polluants à la fois.

03 Compréhension méthodologique

Comment on note un modèle

Avant de dire quel modèle est bon, il faut un score. Celui qui sert partout dans ce domaine s'appelle le RMSE. Il tient en une phrase, il se lit dans l'unité du polluant — et il ment sur exactement une chose, qu'il faut savoir.

Le RMSE en une minute

RMSE, pour root mean square error : l'erreur quadratique moyenne. On prend l'écart entre ce que le modèle annonce et ce que la station mesure, à chaque heure et à chaque station ; on l'élève au carré ; on en fait la moyenne ; on reprend la racine. Le résultat est dans l'unité du polluant — des µg/m³ — donc directement lisible : un RMSE de 12 µg/m³ sur l'ozone signifie qu'on se trompe typiquement de 12 µg/m³. Plus bas est meilleur.

Le passage par le carré n'est pas anodin. Prenons trois jours d'erreurs : +2, −1 et +6 µg/m³. L'erreur moyenne en valeur absolue vaut 3,0. Le RMSE, lui, vaut 3,7 : la grosse erreur du troisième jour pèse davantage que les deux petites réunies. C'est voulu — en qualité de l'air, se tromper de 6 le jour du pic coûte bien plus cher que se tromper de 2 deux fois de suite.

Ce que le RMSE global ne dit pas

Un modèle peut avoir un excellent RMSE annuel et rater tous les épisodes. Il suffit qu'il soit très bon les 350 jours ordinaires et systématiquement en dessous les 15 jours qui comptent : les 350 bons jours écrasent la moyenne. C'est le piège classique du domaine, et il a un remède simple : ne jamais publier un RMSE global sans un score de détection à côté — combien d'épisodes attrapés, pour combien de fausses alertes.

Corollaire : un pourcentage de gain ne veut rien dire seul. Il exige toujours trois mots — quel polluant, quelle épreuve, quel périmètre. Sur l'ozone, la même correction vaut de +3,3 % à +22,5 % selon la difficulté de l'épreuve qu'on lui impose. Ce ne sont pas des chiffres contradictoires : ce sont des réponses à des questions différentes.

Les modèles bruts, notés sur les mêmes lignes

Voici la comparaison la plus propre disponible : CHIMERE — dans sa configuration européenne, en tant que membre de l'ensemble — face à la médiane de l'ensemble CAMS dont il fait partie. Mêmes stations, mêmes jours, même échéance, même grandeur. Rien d'autre ne change.

Un modèle seul contre la médiane de l'ensemble qui le contient

RMSE en µg/m³, échéance J+1, station cachée du modèle. Plus court est meilleur.

CHIMERE brut, membre européen 10 km médiane de l'ensemble CAMS
0 5 10 15 20 25 µg/m³ O₃ 18,68 12,53 −33 % pour l'ensemble NO₂ 22,64 23,04 PM10 9,01 7,47 PM2,5 5,82 4,31 Sur 3 polluants sur 4, la médiane de l'ensemble bat le modèle pris seul. Le NO₂ est l'exception.
87 334 lignes pour l'O₃, 109 186 pour le NO₂, 56 096 pour les PM10, 76 844 pour les PM2,5, évaluées sur exactement les mêmes couples station–jour. Source : reports/duel_chimere_<polluant>_h2.csv. ⚠️ Il s'agit du CHIMERE européen à 10 km sans assimilation, pas du CHIMERE national de PREV'AIR — voir la réserve au chapitre 4.

Moyenner sept modèles vaut mieux que garder le meilleur d'entre eux. Le résultat le plus général de ce chapitre

Pourquoi ? Parce qu'il n'existe pas de « meilleur modèle » dans l'absolu : il existe des modèles qui se trompent différemment. Chacun a sa physique, son inventaire d'émissions, ses approximations. Quand l'un surestime, l'autre sous-estime souvent, et la médiane annule une partie de ces écarts. C'est exactement ce que montre le graphique : sur l'ozone, CHIMERE seul se trompe de 49 % de plus que l'ensemble dont il est membre.

Le NO₂ fait exception, et c'est instructif : ce polluant est dominé par des sources très locales — une avenue, un échangeur — que aucun des modèles ne résout à 10 km de maille. Quand tous les membres ratent la même chose, les moyenner ne la retrouve pas.

Et les chaînes françaises, dans leur vraie configuration

Le tableau ci-dessous vient d'une source différente : le rapport annuel du LCSQA sur les performances de PREV'AIR. Il porte sur les vraies chaînes nationales — assimilées, à maille fine — et non sur leurs versions européennes.

RMSE en µg/m³, échéance J0, France, stations de fond. Performances Prev'air en 2024, INERIS/LCSQA, publié le 08/04/2026.

PolluantMOCAGECHIMERE brutAS-CHI (corrigé)Gain de la correction
O₃ (avril-septembre)14,613,913,3+4,3 %
NO₂17,516,711,2+32,9 %
PM107,89,94,7+52,5 %
PM2,55,807,653,05+60,1 %
Ces chiffres ne se comparent pas à ceux du graphique précédent : autre échéance, autre grandeur agrégée, autre parc de stations. Deux tableaux justes, deux questions différentes.

Deux enseignements. D'abord, aucun modèle ne domine partout : MOCAGE bat CHIMERE sur les particules, CHIMERE bat MOCAGE sur les gaz. Ensuite, et c'est le point central de ce document, la ligne « AS-CHI » est celle qui compte : c'est la sortie brute corrigée par une méthode statistique. Sur les PM2,5, cette seule correction divise l'erreur par 2,5. Le chapitre suivant explique comment.

04 Compréhension méthodologique

Ce que fait une AASQA — et un point de comparaison

Une association agréée de surveillance de la qualité de l'air n'est pas un laboratoire de recherche. C'est un service public régional, avec des obligations datées. Comprendre sa stratégie de prévision, c'est comprendre pourquoi elle ne se contente pas de faire tourner un modèle.

Six missions, fixées par arrêté

L'arrêté du 16 avril 2021 et les articles L.221-1 à L.221-3 du code de l'environnement confient à chaque AASQA un mandat précis. Sa gouvernance est quadripartite — État, collectivités, industriels, associations et personnalités qualifiées.

  1. Surveiller et évaluer

    Par mesure fixe, mesure indicative et modélisation. Les trois sont sur le même plan dans le texte.

  2. Informer chaque jour

    Préfets et public, sur le constat et sur la prévision. C'est cette seconde obligation qui rend la prévision réglementaire, et non facultative.

  3. Calculer et diffuser l'indice ATMO

    Quotidiennement, à l'échelle de la commune ou de l'EPCI, jamais au-delà.

  4. Élaborer les inventaires d'émissions

    Qui émet quoi, où, dans quelle quantité — la matière première de toute politique de réduction.

  5. Caractériser chimiquement les particules

    Distinguer le chauffage au bois du trafic, du brûlage agricole ou des poussières sahariennes.

  6. Assurer le rapportage européen

    Via le LCSQA, les données transitant par Geod'Air. C'est ce qui rend les chiffres français comparables aux autres pays.

L'indice ATMO, l'objet public de la prévision

C'est le produit que tout le monde connaît. Il se calcule à partir de cinq polluants — SO₂, NO₂, O₃, PM10, PM2,5 — et l'indice de la zone est le sous-indice le plus dégradé des cinq. Jamais une moyenne : le polluant le plus mauvais décide seul.

BonPM2,5 0-10
Moyen11-20
Dégradé21-25
Mauvais26-50
Très mauvais51-75
Extrême> 75

Couleurs et bornes officielles — arrêté du 10 juillet 2020, annexe I. Bornes affichées pour les PM2,5.

Un point est structurant et souvent ignoré : l'indice officiel n'est pas calculé à partir des stations. Il vient d'une modélisation spatialisée — on calcule la grandeur en chaque point du modèle, on classe chaque point, on prend le maximum par commune, puis le maximum des communes de l'EPCI. Les mesures ne servent qu'en assimilation. Autrement dit : l'indice que vous lisez le matin est déjà un produit de modélisation, et sa qualité dépend directement de celle de la prévision.

Leur stratégie de prévision, en trois temps

La chaîne opérationnelle française ne se contente pas d'un modèle physique. Elle enchaîne trois gestes, et c'est le deuxième qui fait l'essentiel du gain vu au chapitre 3.

  1. Un modèle de chimie-transport

    CHIMERE en configuration nationale — maille fine, inventaire français, assimilation des mesures récentes. C'est le point de départ physique.

  2. Une adaptation statistique par krigeage

    On calcule l'écart mesure − modèle à chaque station — l'« innovation » — puis on l'interpole spatialement pour l'appliquer partout ailleurs. En pratique : « le modèle s'est trompé de +8 µg/m³ à Toulouse et de +6 à Albi hier, donc il se trompe probablement d'environ +7 entre les deux ». Krigeage ordinaire à l'origine, krigeage à dérive externe depuis 2010.

    c'est ce que la ligne « AS-CHI » du chapitre 3 mesure
  3. L'expertise du prévisionniste

    Un humain relit, arbitre, corrige à la main. Ce geste n'est pas traçable de l'extérieur et n'est pas reproductible dans une évaluation automatique — il faut le dire plutôt que l'ignorer.

Peut-on se donner un point de comparaison ? AASQA_base_simul

Oui — et c'est utile, parce que sans référence un pourcentage ne veut rien dire. L'idée : rejouer leur stratégie sur nos propres entrées, avec les mêmes gestes qu'ils déclarent employer. On obtient une ligne de base qu'on peut opposer à n'importe quelle autre méthode, sur les mêmes lignes et sur trois ans.

Comment cette base est construite

Point de départ — CHIMERE, le membre européen de l'ensemble CAMS, à 10 km, sans assimilation. C'est le même modèle qu'eux, dans une configuration moins favorable.

Correction — krigeage du biais récent, dans des réglages usuels figés avant la mesure : fenêtre de 30 jours, portée 200 km, pondération inverse à la distance, stations donneuses de même typologie. Ces réglages ont été choisis par un balayage préalable, et non re-choisis pour chaque polluant : leur donner deux chances quand on n'en prend qu'une fausserait la comparaison en notre faveur.

Ce que leur adaptation statistique retire à l'erreur

Chaque trait relie le modèle brut à sa version corrigée par krigeage. RMSE en µg/m³, échéance J+1, station cachée, mêmes lignes pour les deux points.

CHIMERE brut + krigeage du biais récent
0 5 10 15 20 25 µg/m³ O₃ 18,68 13,55 −27,4 % NO₂ 22,64 18,28 −19,2 % PM10 9,01 7,74 −14,0 % PM2,5 5,82 5,62 −3,3 % La méthode fonctionne, et son gain varie d'un facteur huit selon le polluant.
Source : reports/duel_chimere_<polluant>_h2.csv, variante de krigeage 30 j · 200 km · p=1 · même typologie, figée avant la mesure.
Ce que cette base de comparaison n'est pas

Ce n'est pas PREV'AIR, et la nuance est décisive. Leur CHIMERE tourne en configuration nationale — maille plus fine, inventaire français, assimilation de données ; celui utilisé ici est le membre européen à 10 km de l'ensemble CAMS. Cette base dit ce que leur famille de méthode vaut sur les entrées dont nous disposons. Elle ne dit rien de la qualité de leur produit, qui est meilleur.

Elle reste utile pour ce à quoi elle sert : donner un adversaire honnête, mesuré sur les mêmes lignes, plutôt que de comparer une méthode à rien.

Deux conclusions se dégagent, et la seconde est la plus intéressante.

05 Définition stratégique

Quelles données améliorent vraiment la prévision

La question est simple à poser et difficile à mesurer : si on ajoute une source d'information à un modèle de correction, combien gagne-t-on, et est-ce que ça tient ? Voici la réponse, source par source, sur l'épreuve la plus dure que le projet sache construire.

L'épreuve : double aveugle

Tous les chiffres de ce chapitre sont mesurés avec la station et le mois cachés en même temps. Le modèle prédit un endroit qu'il n'a jamais vu, à une période qu'il n'a jamais vue. C'est la condition d'un déploiement réel, et c'est nettement plus sévère qu'un découpage aléatoire — les mêmes leviers affichent facilement le double sur une épreuve plus douce.

Le périmètre est « partout » : aucune observation passée de la station n'entre dans le modèle. C'est ce qui rend ces chiffres transposables là où il n'y a aucune station — le sujet du chapitre 7.

L'empilement, source par source

On part d'une base — la prévision CAMS, le relief, le calendrier — et on ajoute une famille de variables à la fois, dans un ordre déclaré avant la mesure. Le pourcentage est la réduction de RMSE par rapport à la prévision brute.

Ce qu'on ajouteNO₂O₃PM10PM2,5
modèle de base +27,61 % +4,89 % +13,04 % +5,46 %
+ typologie de station (trafic, fond, urbain) +36,00 %+8,38 +5,07 %+0,17 +14,60 %+1,56 +5,76 %+0,30
+ accord des modèles européens (9 modèles de CAMS) +36,89 %+0,89 +8,82 %+3,76 +16,61 %+2,01 +8,28 %+2,51
+ tendance récente du modèle (sans lire une observation) +37,13 %+0,24 +10,55 %+1,72 +17,63 %+1,02 +9,80 %+1,52
+ composition du champ CAMS (de quoi la masse est faite) +39,99 %+2,86 +17,92 %+7,38 +22,56 %+4,93 +13,21 %+3,41
+ forme de la journée +40,02 %+0,03 +17,64 %-0,28 +22,63 %+0,07 +13,54 %+0,33
+ cycles saisonniers +40,89 %+0,87 +17,94 %+0,30 +22,72 %+0,09 +13,32 %-0,22
+ précurseurs gazeux (NH₃, SO₂, PAN, COV) +41,09 %+0,20 +19,42 %+1,48 +23,67 %+0,94 +14,54 %+1,22
Maximum atteint — partout (aucune observation) +41,09 % +19,44 % +23,67 % +14,54 %
Maximum aux stations instrumentées (avec l'observation de la veille) +47,32 % +27,33 % +29,87 % +21,52 %
Épreuve double aveugle — station et mois cachés ensemble — échéance J+1, sur 24 mois communs aux quatre polluants (2024-01 → 2025-12), avec la même pile et un support vérifié sans trou. Les colonnes se comparent donc directement, ce qui n'était pas le cas des versions antérieures de ce tableau.

Le classement qui compte n'est pas celui-là

Un empilement flatte ce qui arrive tôt. La typologie de station gagne 8,97 points sur le NO₂ parce qu'elle passe en deuxième position — si elle passait en dernier, une partie de son apport aurait déjà été captée par les autres. La lecture honnête consiste à retirer une famille à la fois de la pile complète et à mesurer ce qu'on perd. Voici ce que ça change.

Famille retirée de la pile complèteO₃NO₂PM10PM2,5
Typologie de station+0,25+9,59+1,87+0,04
Membres d'ensemble+1,58−0,11+0,58+1,18
Feux de végétation+1,63−0,18−0,12+1,58
GEOS-CF+1,77+2,34+2,10+1,62
Tendance récente+2,09+0,15+0,45+0,13
Points de pourcentage perdus si la famille disparaît. Un apport faible signifie redondant avec le reste, jamais « inutile » : deux familles qui captent la même information s'annulent mutuellement à ce test.

Une seule source paie sur les quatre polluants à la fois — et c'est la seule qui vienne de l'extérieur. GEOS-CF · +1,62 à +2,34 points

Le mécanisme est net. La typologie de station, les membres d'ensemble, la tendance récente : toutes réarrangent une information que CAMS contient déjà. Elles se recouvrent, donc elles se volent leur crédit selon leur rang dans l'empilement — d'où les valeurs négatives du second tableau. GEOS-CF, lui, apporte une opinion construite avec un autre inventaire d'émissions et une autre assimilation. Le modèle n'apprend pas à le croire : il apprend où le croire — et c'est pour cela qu'une simple moyenne des deux modèles est toujours pire que CAMS seul, alors que GEOS-CF utilisé comme variable gagne.

Ce qui a été testé et n'a rien donné

Une liste de leviers gagnants sans les échecs n'est pas une mesure, c'est une vitrine. Voici ce qui a été mesuré puis écarté.

06 Perspective réglementaire

Ce qui arrive côté Europe

La directive (UE) 2024/2881 remplace le cadre en vigueur depuis 2008. Elle est adoptée, en vigueur, et sa transposition en droit français est due au 11 décembre 2026. Elle change deux choses : les seuils, et le statut de la modélisation.

Calendrier

23 octobre 2024 — adoption. · décembre 2024 — entrée en vigueur. · 11 décembre 2026 — transposition en droit national, soit dans moins de cinq mois. · 1er janvier 2030 — application des nouvelles valeurs limites. Un report jusqu'à 2040 reste possible sous conditions, sur demande déposée avant le 31 décembre 2028.

Les seuils, divisés par deux

PolluantLimite annuelle actuelleLimite annuelle 2030Ligne OMS 2021Nouveautés
PM2,525 µg/m³10 µg/m³5 µg/m³limite journalière 25 µg/m³, 18 j/an max
PM1040 µg/m³20 µg/m³15 µg/m³journalière 45 au lieu de 50, 18 j au lieu de 35
NO₂40 µg/m³20 µg/m³10 µg/m³horaire 200 µg/m³ : 3 h/an au lieu de 18
O₃valeur cible 120 µg/m³ sur le max 8 h100 µg/m³18 jours de dépassement par an au lieu de 25
Les nouvelles limites se rapprochent des lignes OMS sans les atteindre — sur les PM2,5, la limite 2030 vaudra encore le double de la ligne sanitaire.

Ce que ça change, mesuré station par station

Un changement de seuil n'est pas une abstraction : à air rigoureusement constant, il fait basculer des stations d'un côté à l'autre de la loi. Voici le calcul, sur les moyennes annuelles 2025 réellement mesurées.

408 stations françaises, deux jeux de seuils

Chaque carré est une station évaluée en 2025 avec un taux de saisie suffisant. Une station est marquée dès qu'elle dépasse la limite annuelle d'au moins un des trois polluants concernés. La disposition ne porte aucune information géographique.

sous la limite en dépassement
AUJOURD'HUI · SEUILS DE 2008 EN 2030 · MÊME AIR, AUTRES SEUILS 6 stations sur 408 1,5 % du parc évalué 109 stations sur 408 26,7 % du parc — un facteur 18,2
Détail par polluant · NO₂ 5 stations en dépassement aujourd'hui, 57 en 2030, sur 341 évaluées · PM10 1 → 37 sur 322 · PM2,5 0 → 57 sur 243. L'ozone est exclu : il n'a pas de valeur limite annuelle. Source : scripts/seuils_2030.py.
Ce que ce calcul ne dit pas

Les moyennes de 2025 ne sont pas une prévision de 2030 : les émissions baisseront d'ici là, et une partie de ces stations repassera sous le seuil. Ce calcul mesure une chose et une seule — l'effet du changement de seuil, à air constant. C'est précisément la question qu'une collectivité doit se poser aujourd'hui pour dimensionner sa feuille de route, et non une projection.

En Occitanie, sur les 25 stations retenues, on passe de 2 à 5 stations en dépassement. Et un fait qui prépare le chapitre suivant : quatre des treize départements de la région n'ont aucune station retenue — l'Ariège, l'Aude, le Lot et la Lozère. Pour eux, la conformité 2030 ne peut pas être posée depuis la mesure.

Les changements structurels, au-delà des chiffres

07 Avancées

Prévoir là où il n'y a pas de station

C'est le point où tout ce document converge. Les méthodes en service corrigent remarquablement bien près des stations, parce qu'elles s'appuient sur les mesures du moment. La réglementation qui arrive demande, elle, de se prononcer sur des territoires où il n'y a rien à mesurer.

Pourquoi le krigeage ne peut pas répondre à cette question

Reprenons le mécanisme du chapitre 4. Le krigeage calcule l'écart mesure − modèle aux stations, puis l'interpole. Sa qualité décroît donc avec la distance à la station la plus proche : excellente à 5 km, encore utile à 50, sans fondement à 150. Là où le réseau est lâche, il n'y a plus d'innovation à interpoler — il ne reste que le modèle brut.

Une correction apprise fonctionne autrement. Elle n'utilise que des variables disponibles à l'heure d'émission : le relief, la typologie du lieu, le calendrier, les autres modèles. Elle ne demande aucune mesure au moment où elle s'applique. En contrepartie, elle est moins performante là où le krigeage excelle — c'est un arbitrage, pas une supériorité.

Deux méthodes, deux domaines de validité

Schéma de principe. La portée du krigeage dépend du polluant et de la densité du réseau ; l'ordre de grandeur affiché correspond à la portée mesurée de l'autocorrélation des résidus.

stations de mesure aucune station à moins de 30 km le krigeage n'a rien à interpoler portée utile du krigeage — quelques dizaines de km domaine où seule une correction apprise peut se prononcer
Chiffres réels · 43 EPCI français n'ont aucune station à moins de 30 km. En Occitanie, 4 départements sur 13 n'ont aucune station retenue pour l'évaluation annuelle. C'est exactement le cas que la directive confie à la modélisation.

La différence de nature compte plus que l'écart de score. Une méthode qui exige des observations au moment où elle corrige ne peut pas, par construction, répondre là où il n'y en a pas.

Ce que le projet fait déjà dans le sens des attentes réglementaires

Voici la liste complète, chaque point avec ce qui l'étaye. Elle est donnée telle quelle, avec ses réserves : un dossier qui ne présenterait que ses succès n'aurait aucune valeur probante.

  1. La validation retire les stations, comme le droit va l'exiger

    Le modèle n'est jamais évalué sur une station qu'il a vue à l'apprentissage. Or la décision d'exécution (UE) 2026/1208 formalise précisément le leave-one-out pour les applications qui mêlent modèles et mesures, applicable au 30 juin 2028. La méthode de validation retenue va donc dans le sens que le droit prend.

    l'alignement réglementaire le plus direct du dossier
  2. Et elle bloque aussi l'espace, pas seulement l'identité

    Retirer une station ne suffit pas si sa voisine est à 2 km. Les stations sont donc regroupées en grappes géographiques, et des grappes entières sont exclues, avec un fossé autour de la zone de test. Le gain sur l'ozone passe de +28,6 % à +18,5 % — et à environ +13,5 % une fois corrigé du fait qu'un fossé retire aussi des données d'entraînement.

    le seul chiffre du dossier qui soit décomposé entre fuite et famine
  3. Le critère européen d'évaluation des modèles est calculé

    Le cadre FAIRMODE du Centre commun de recherche définit un indicateur, le MQI, qui rapporte l'erreur du modèle à l'incertitude de la mesure elle-même. Sur le NO₂ à J+1, la prévision brute satisfait le critère sur 41,4 % des stations ; après correction, sur 96,2 %.

    MQI agrégés : O₃ 0,309 → 0,255 · NO₂ 0,606 → 0,485 · PM2,5 0,488 → 0,354
  4. La grandeur apprise est celle sur laquelle porte le seuil

    Maximum glissant 8 h pour l'ozone, maximum horaire pour le NO₂, moyenne journalière pour les particules. Apprendre directement la grandeur réglementaire plutôt que de corriger l'heure puis d'agréger vaut +5,8 points sur l'ozone et +6,5 sur le NO₂ — et rien sur les PM2,5, dont le grain est une moyenne et non un maximum. Ce renversement de signe est ce qui distingue une mesure d'une coïncidence.

  5. Les scores sont recalculés dans les conventions du référentiel national

    Stations de fond seules, taux de saisie ≥ 75 %, score calculé par station puis moyenné sans pondération, échéances séparées, ozone limité à avril-septembre. Sans ce recalcul, comparer nos chiffres à un rapport d'AASQA reviendrait à comparer deux grandeurs différentes.

    et le changement de convention joue dans les deux sens : −1,6 pt sur NO₂, +3,2 sur PM2,5
  6. Des champs spatialisés sont produits et contrôlés

    France, Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, en grille. Le contrôle porte sur le niveau réellement observé aux stations de fond du territoire : le champ corrigé y recolle à 0,1 à 4 µg/m³ près, alors que le champ européen brut est quatre à six fois trop bas sur le NO₂.

  7. L'ordre d'agrégation de l'indice est respecté

    Le guide de calcul officiel impose : grandeur en chaque point du modèle, qualificatif par point, maximum par commune, maximum des communes de l'EPCI. Jamais une moyenne spatiale. Une sortie au point est directement agrégeable dans cet ordre.

  8. La persistance de la décision est prise en compte

    Exiger un dépassement prédit deux jours de suite retire un tiers des fausses alertes sans perdre un seul épisode. Ce n'est pas une astuce : l'arrêté du 7 avril 2016 exige lui-même cette persistance pour faire basculer une procédure d'information en procédure d'alerte.

    −33 % de fausses alertes, rappel strictement inchangé
  9. La détection est évaluée à budget de fausses alertes constant

    Un service ne choisit pas un seuil pour maximiser un score : il subit un budget d'alertes au-delà duquel plus personne ne l'écoute. À la précision d'annonce du produit officiel, la part d'épisodes détectés passe de 46 % à 77 %.

  10. Le seuil 2030 est chiffré station par station

    Et pas seulement en agrégat : chaque station porte son verdict avant et après, ce qui permet de désigner les territoires où la question ne peut pas être posée faute de mesure — le point de départ de toute demande de spatialisation.

  11. Chaque chiffre est régénérable, depuis une source unique

    Un document de référence gèle toutes les valeurs publiées, et un script les reconstruit depuis les données. Un chiffre qui n'y figure pas est retiré ou re-mesuré. C'est la condition pour qu'une évaluation soit opposable plutôt que déclarative.

Et les limites, énoncées avant qu'on les trouve

Contre les épisodes réellement déclenchés par arrêté préfectoral, le bilan est mauvais : 2 sur 33 sur les PM10. La chaîne officielle en attrape 1, et l'observation elle-même seulement 21 — douze de ces épisodes n'ont aucune station au-dessus du seuil en moyenne journalière, ce qui signifie que la procédure se déclenche sur autre chose que la grandeur prédite. Le constat reste défavorable.

Au seuil français de procédure sur l'ozone — 180 µg/m³ en maximum horaire — 3 dépassements détectés sur 32. L'événement est trop rare pour être appris : il y en a 32 dans tout le corpus.

La correction dégrade une partie des stations, de 2,1 % à 42,5 % selon l'épreuve imposée. Là où elle en dégrade le plus, son gain médian est le plus faible — elle y est quasi neutre et le signe bascule d'une station à l'autre.

Enfin : aucune variable d'émission n'entre dans le modèle, la maille reste à 10 km, et le gradient urbain — la différence entre une avenue et le parc d'à côté — est hors de portée.

—— Pour retenir

Cinq phrases

D'où viennent les chiffres

Santé
Santé publique France, Impacts de l'exposition chronique aux particules fines sur la mortalité en France continentale, estimations 2016-2019 · Agence européenne pour l'environnement, Harm to human health from air pollution in Europe: burden of disease status 2025, données 2023.
Réglementation
Directive (UE) 2024/2881 du 23 octobre 2024 · arrêté du 10 juillet 2020 (indice ATMO) · arrêté du 7 avril 2016 (seuils et procédures) · arrêté du 16 avril 2021 (dispositif de surveillance) · lignes directrices OMS 2021 · décision d'exécution (UE) 2026/1208.
Modèles
CAMS Europe (Copernicus/ECMWF) · PREV'AIR (INERIS, Météo-France, CNRS, LCSQA) · GEOS-CF (NASA GMAO) · Bertrand, Meleux, Ung, Descombes & Colette, Improving the European air quality forecast of CAMS using machine learning techniques, ACP 23, 5317 (2023) · Performances Prev'air en 2024, INERIS/LCSQA, 08/04/2026.
Mesures
Toutes les valeurs propres au projet dérivent de reports/VERITE_DOSSIER.md, régénéré par scripts/verite_dossier.py. Les distributions du chapitre 1 sont produites par scripts/exposition_oms.py à partir de reports/seuils_2030.csv. Les scores de modèles des chapitres 3 et 4 sont relus depuis reports/duel_chimere_<polluant>_h2.csv.
Réserve
Chaque pourcentage de ce document est cité avec son polluant, son épreuve et son périmètre. Deux chiffres voisins qui ne portent pas les mêmes trois mots ne se comparent pas — c'est la règle la plus contraignante du dossier, et la plus utile.

Découverte ATMO · document 1 de la série « comprendre avant de mesurer »
Sources ouvertes créditées ci-dessus — Copernicus, NASA, INERIS/LCSQA, IGN, Santé publique France, Agence européenne pour l'environnement.